L’automédication en compétition : une pratique à risque

L’automédication, une pratique à risque pour vos reins (Aspirine, AINS )

Bien souvent lorsque la douleur se fait sentir sur une épreuve longue, notamment sur une épreuve comme un ultra Trail, il est courant d’observer dans le peloton certaines personnes ayant recours à l’automédication, c’est-à-dire consommant certains médicaments sans l’avis d’un médecin ou d’un expert. Cette attitude nous semble dangereuse et c’est ainsi la plupart des chercheurs  et entraîneurs souhaitent alerter et surtout informer les pratiquants des risques éventuels de ce comportement. L’aspirine ou les anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) semblent être les produits les plus utilisés pour palier à la douleur de manière immédiate. Ils sont en effet d’excellents antalgiques, et dans ce sens ils semblent être les meilleurs garants pour stopper les douleurs ostéo-articulaires et musculaires. 
Ces produits, délivrés en vente libre et sans ordonnance, sont pourtant dangereux pour la pratique de la course à pied. En effet ils agissent en priorité sur le rein , qui demeure l’organe fondamental du filtrage des liquides, mais responsable également des complications les plus graves dans le contexte de l’ultra-endurance (notamment le phénomène de rhabdomyolyse expliqué plus bas). 

En effet, le rein est très sollicité durant une épreuve d’ultra endurance (comme un ultra trail) et il est nécessaire, voir fondamental, de ne pas diminuer ses capacités à s’adapter à l’effort.  Chaque rein compte environ un million de néphrons, et chaque néphron est une sorte de « mini cafetière à piston ». En fonction de la pression appliquée sur le piston, on fabrique une certaine quantité d’urine. Par contre lorsqu’il fait chaud et que l’on transpire beaucoup, il faut garder l’eau, et il faut donc diminuer la pression, pour diminuer la fabrication d’urine (et inversement lorsque l’on est en excès d’eau). Les mécanismes d’adaptation du rein à un tel effort sont en fait régulés par les prostaglandines , et ces médicaments diminuent en quelque sorte leur fabrication, qui elle-même stimule la réaction inflammatoire. Ainsi la prise d’AINS diminue fortement les capacités d’adaptation du rein. Il est donc fortement déconseillé de prendre ce genre de produit, avant, pendant mais aussi après l’épreuve afin de permettre aux reins de fonctionner correctement.

La prise d’un anti-inflammatoire doit donc toujours être bien réfléchie et jamais dans un contexte d’automédication.




Le phénomène de rhabdomyolyse 

Les courses d’ultra trail s’accompagnent bien souvent de ce que l’on appelle une casse musculaire plus ou moins bénigne (ce que l’on nomme les DOMS), avec une petite destruction de certaines cellules musculaires et d’un largage de myoglobine (composant de la cellule musculaire). C’est pourquoi vous avez de grosses douleurs après la course et parfois des urines assez foncées. En général la récupération se fait assez bien si vous vous reposez complétement avec un bon processus de réhydratation et d’alimentation (le fameux dicton « s’hydrater- manger-dormir » après une épreuve d’ultra).
Mais parfois il s’avère que cette destruction musculaire s’avère beaucoup plus importante, car elle se transforme en rhabdomyolyse durant l’épreuve.

Mais que signifie ce mot barbare ?
La rabdomyolyse signifie une destruction musculaire aiguë de vos muscles des jambes, comme  sur une épreuve très longue comme un ultra trail. 

Ce phénomène est provoqué par :

- Le travail excentrique des muscles (notamment avec les chocs répétés dans les  descentes) ;

- La durée de la course qui est bien sûr très longue et cyclique ;

- L’ambiance chaude et notamment  humide ;

- La prise de certains médicaments dans la course (AINS, aspirine…).

Cette rhabdomyolyse entraîne la libération dans le sang de myoglobine ayant une action toxique sur le rein (d’autant plus affaibli par une éventuelle déshydratation). Ces problèmes peuvent survenir jusqu’à 24h après la course.Cela se traduit par des sensations désagréables avec des muscles très tendus (comme des crampes d’effort). Cela peut même devenir excessivement douloureux et entraîner des œdèmes (gonflement autour des articulations). Par la suite les urines deviennent très marron, voir rouge foncé (attention danger!). L’insuffisance rénale provoque alors une baisse importante de l’envie d’uriner. 
Pour éviter ces désagréments,  il vous est conseillé en premier lieu de vous hydrater convenablement, sans abuser (pour éviter aussi l’hyponatrémie). Vous pouvez aussi prendre régulièrement des boissons alcalines type « eau pétillante » pour limiter l’acidité des urines et faciliter le travail des reins, sans oublier de prendre un peu de sel (en très petite quantité). 

Enfin et on le répète une nouvelle fois (et ce n’est pas trop…), il est souhaitable d’éviter l’automédication en course par la prise d’aspirine ou d’anti-inflammatoires, comportements pourtant encore très (trop) fréquents sur les épreuves d’ultra Trail.

(1) Advil, Anadvil, Rhinadvil, Antarène, Brufen, Cliptol, Dolgit et Ergix, Expanfen, Gélufène, Hémagène, Ibutop, Intralgis, Nureflex et Nurofen, Solufen, Spedifen, Tiburon, Upfen, Vicks Rhume, Profénid, Kétum, Toprec, Feldène et Geldène, Inflaced, Zofora, Brexin
(2) C’est le cas notamment du chercheur Guillaume Millet, lui-même pratiquant d’ultra trail et fervent défenseurs d’une pratique sans automédicamentation.
(3) L’aspirine, lui, semble jouer sur le foie en l’intoxiquant, donc il est aussi à éviter si possible pendant l’effort.
(4) Les protaglandines sont des substances dérivées des acides gras, ayant une structure biochimique commune appelée prostanoïde, naturellement produite par l'organisme et servant de médiateur dans un très grand nombre de phénomènes physiologiques et pathologiques.


 eric