Les échelles de ressenti ou le plaisir de s’entraîner

4/ POUR ALLER PLUS LOIN


On s'aperçoit que l'aspect de la motivation a parfois été oublié et négligé au profit de l’aspect physiologique dans l’entraînement. Pourtant, le plaisir est souvent un mot que l’on retrouve dans le milieu du Trail. Certains chercheurs ont donc fait le choix de le replacer au centre des débats ce qui laisse augurer de belles perspectives dans l’entraînement moderne.

Dans ce cadre, la plateforme PACE s’est associée à un laboratoire renommé qui travaille actuellement sur des thématiques reliant la motivation aux données physiologiques, notamment dans les sports dits énergétiques (cyclisme, course à pied notamment). Ce laboratoire propose, entre autres, la mesure de la charge affective et essaie de comprendre pourquoi certains athlètes vont stopper leur effort alors même qu’ils n’ont pas atteint leurs limites physiologiques. Cet indice prend en compte la perception de l’effort mais aussi le plaisir. Avec l’appui de nouvelles recherches dans l’effort long (notamment Okano et al. 2013 dans l’ultra-triathlon), il a ainsi été démontré que le plaisir jouait un rôle fondamental dans la performance. On s’en doutait bien sûr. Mais le modèle que nous vous proposons est d’autant plus intéressant qu’il prend en compte la motivation comme étant le niveau d’acceptation de la charge affective. 

Cette motivation peut ainsi être reliée au degré individuel d’acceptation d’un certain degré de douleur, en relation avec le plaisir que vous pouvez y trouver. 

En effet, des indices nombreux et variés peuvent se rapporter à l'expérience de la douleur, mais c'est le cerveau qui décide si quelque chose fait mal ou pas dans la plupart des cas, et sans aucune exception . Pour résumer, vous possédez tous un remarquable système sensoriel qui informe constamment votre cerveau sur les changements qui se produisent dans les tissus de votre organisme. Il existe ainsi un niveau d’acceptation de la charge (motivation) et un niveau d’acceptation de la douleur. 

Nous vous proposons dans nos plannings une échelle de ressenti (Ressenti de l’effort ou RE) de 1 à 10 qui va vous permettre d’estimer votre forme du jour et donc de pouvoir adapter les charges de travail au fur et à mesure.


Facteurs limitants et ressentis

Concrètement, il est possible d’évaluer l'état de forme du corps pendant l’effort : ce sont des ressentis et des perceptions de l’effort. On peut les présenter sous plusieurs formes, et ils sont souvent assimilés à des facteurs limitants qu’ils soient d’ordres physiologiques, kinesthésiques, externes et psychologiques.

Les indicateurs et ressentis physiologiques sont souvent liés à la fréquence cardiaque, car il est facile de les évaluer avec des appareils comme des cardio-fréquencemètres qui inondent le marché. On ne doit pas pour autant en conclure que la fréquence cardiaque est le déterminant de la perception de l'effort, ni surtout qu'elle en constitue le seul. En fait, diverses variables physiologiques sont mises en relation avec l'effort perçu : on a ainsi montré des corrélations hautement significatives avec les lactates, la consommation d’oxygène, le débit ventilatoire ou la viscosité sanguine. L'ensemble de ces variables évolue de manière concomitante avec l'intensité de l’exercice et il semble logique qu'elles présentent toutes des corrélations élevées avec l'effort perçu. Votre corps est bien fait, il possède des milliers de capteurs susceptibles de vous informer sur votre état pendant l’effort et il faut savoir être à l’écoute de ces signaux.

Cependant, nous oublions que les critères fondamentaux pour réussir en Trail sont aussi les ressources mentales qui sont mises en oeuvre pour durer et endurer dans la course. En effet, c’est bien le cerveau qui va commander et nous guider dans notre quête de performance. Et c’est encore lui également qui va nous pousser à nous bouger ou à nous limiter pour réaliser nos séances hebdomadaires. Il existe en effet de nombreux exemples de moments de grande lassitude ou d’euphorie dans certaines sorties, sans pouvoir, savoir pourquoi on les vit. Une des explications plausibles est certainement à chercher dans le processus de fatigue et donc d’assimilation ou non des charges d’entraînement. Il nous paraît donc nécessaire de pouvoir identifier également ces processus psychologiques et de pouvoir les intégrer au schéma de l’entraînement, car bien souvent notre esprit surpasse notre physique, et l’idée de faire accepter au corps un certain degré de douleur sans se mettre en danger est aussi un apprentissage de notre pratique.





 ERIC